Irremplaçable

  

Récemment, Eusebio Unzue, manager de l’équipe cycliste Movistar, tout en s’indignant du prochain parcours du Tour de France qu’il jugeait « dangereux », osait cette revendication : « j’aimerais que l’on puisse remplacer les coureurs tombés la première semaine par des coureurs préparés pour suppléer les coureurs blessés ». On évitera de lui demander les détails techniques du blasphème : critère du remplacement ? Procédé de classement du nouvel entrant ? Prise en compte des différences d’état de fraîcheur ? Chez Movistar, des « raiso » sans fil conducteur ?

Mais ce que l’on pourrait réduire à une péripétie semble plutôt un signe des temps modernes. La mode de l’obsolescence programmée a ainsi déjà contaminé la sacro-sainte mêlée, nous offrant le très tactique chassé-croisé de l’heure de jeu, celui des piliers tordeurs et des piliers coureurs. Le cinquième set du cinquième match de Coupe Davis, intense moment de suspens et parfait subterfuge pour s’éviter le divan rouge de Drucker, a aussi du plomb dans l’aile. Les arguments sont nombreux : amélioration des prouesses physiques, quête de la performance à outrance et… reconquête d’un public désormais rapidement blasé et irrésistiblement zappeur. 

Du coup, faut-il remplacer un sélectionneur dont le taux de réussite avoisine les statistiques d’une palombière d’aveugles, à jeun de surcroît, en plein Médoc ? Konrad Adenauer, chancelier redresseur de l’Allemagne entre 1949 et 1963, disait : « on ne jette pas l’eau sale tant qu’on n’a pas d’eau propre ». En effet, après ce Nanterre de première classe, on ne voit pas grand chose à l’horizon : un anglais recalé en 2015 et qui n’a plus entraîné depuis plus de dix ans (Clive Woodward), un duo d’experts qui nous aurait fait saliver il y a 4 ans mais qui écument désormais autant les plateaux-télé que les pelouses (Galthier/Ibanez) ?

Il est vrai que l’on a remplacé la Fiat 500 par la Fiat 500, la Coccinelle par la Coccinelle, les Stan Smith par les Stan Smith… Mais quand le modèle d’origine est déjà vintage, qu’est ce qu’on fait ?