Sur l’écran blanc de mes nuits noires…

Le dernier Haka avant la demi-finale de la dernière coupe du monde de rugby des moins de 20 ans, en se voulant terrifiant, s’est avéré plutôt déplacé. Hormis le décalage qu’il offrait par rapport au rite de leurs glorieux ancêtres, il était plutôt risible de constater quelques minutes plus tard les reculades et autres humiliations subies par les avants All Blacks. Mais le Haka est devenu un spectacle, une distraction coincée entre caméras et micros, filmée par des « supporters » qui en oublient même de vivre l’instant présent. Cette vision d’un frisson « marchandisé »  pourrait faire sourire si elle était limitée à une bande de jeunes en mal de contrôle de leurs testostérones… Mais même leurs aînés nous font le coup dès le mois de juillet lors du Four Nations : le pouce sur la carotide, la langue étirée et pendante… Quelle mascarade dès lors que le moindre contact qui suivra cette « danse macabre » sera évalué, soupesé, sanctionné… ou pas par une clique de juges en goguette planqués derrière leurs écrans.

Revenons d’ailleurs à ces fameux écrans puisqu’ils occupent notre actualité de ce début d’été. L’œil de Moscou, même s’il est plus pacifique qu’en d’autres temps, nous révèle bien des choses : sanctionnée un jour, tolérée un autre, la même action de jeu suscite nombre de débats et polémiques entre experts de tous poils et sur toutes les chaînes TV (un billet d’humeur sur toute cette troupe d’oracles devrait rapidement d’ailleurs nourrir ce blog). Un o’goshi sur un espagnol a-t-il le même poids qu’un o'soto gari sur un nigérian ? La main d’un Piqué vaut-elle la chute du Hazard ? La VAR (Video Assistant Referee) est rentrée dans notre quotidien comme en attestent de nombreuses dérisions visibles sur les réseaux sociaux : votre petit ami a-t-il regardé les fesses de sa voisine ? Votre meilleur pote a-t-il vraiment descendu sa bière d’un seul trait ?

Il est d’ailleurs étonnant que les dirigeants d’un sport comme le football, qui brasse autant de millions, aient aussi longtemps refusé l’appui de la technologie. Même s’ils sont loin d’être des parangons de vertu, ils ont certainement compris que l’équité et la justice sont à ce prix. On est encore du compte et la partialité et/ou l’incapacité à juger ont encore de beaux jours devant elle. Mais il faudra s’y faire, comprendre que certaines traditions sont en péril, comme la glorieuse incertitude du sport. Au lieu de raconter à ses petits-enfants qu’un jour la main d’un argentin au-dessus d’une tête anglaise a failli réveiller la guerre des Malouines ou que le front d’un français a vengé l’honneur d’une sœur en pleine nuit d’été berlinoise, on pourra leur conter la finale de la Coupe du Monde 2018 qui s’est terminée le lendemain de son coup d’envoi suite à une vingtaine d’interruptions et à une surchauffe des écrans de contrôle… Un peu moins magique mais tellement dans l’air du temps…